L'humour en thérapie.

- Magalie Challet Chauvel

Dans l'accompagnement psychologique, le rire peut surgir de manière spontanée, parfois inattendue. Il peut soulager, créer du lien, aider à contenir ce qui déborde. Il peut aussi, à l'inverse, servir à éviter, détourner ou se protéger. Alors comment comprendre ce que l'humour produit dans la rencontre ? Ouvre-t-il un espace ou permet-il d'esquiver ? Rapproche-t-il ou maintient-il à distance ? Cet article propose d'explorer les différentes fonctions de l'humour en thérapie, et ce qu'il nous dit du lien thérapeutique. Entre légèreté et intensité, il peut devenir un véritable appui pour penser et dire ce qui, parfois, reste difficile à exprimer.

Milo.

L'humour comme régulation.

Milo, 13 ans, consulte pour de l’anxiété et des difficultés relationnelles. Ses émotions s’expriment avec intensité. L’humour s’est peu à peu invité dans nos séances.

Il imite son prof de maths, avec la voix, les gestes, l'intonation exacte. Il exagère une dispute avec sa mère. Il mime sa réaction quand son frère a renversé son jus d'orange sur ses devoirs.

Parfois, après avoir ri, il se tait un moment. Puis il dit quelque chose de plus sérieux. De plus profond. Comme si le rire avait déplacé quelque chose.

Pour Milo, cette légèreté semble être une manière de contenir ce qui, autrement, serait trop brut. On pourrait entendre là une façon de transformer l'angoisse en quelque chose de partageable. De rester en lien avec ses émotions sans être submergé.

Ce qui se joue dans la relation.

L'humour de Milo n'est pas neutre. Quand il imite les figures d'autorité, il m'observe aussi. Il guette ma réaction. Est-ce que je ris ? Est-ce que je valide ?

Parfois, je sens qu’il cherche à moduler l’intensité de la séance. Quand un sujet devient trop proche de quelque chose de douloureux, il bifurque, détourne. L’humour lui permet alors, peut-être, d’ajuster ce qui peut être abordé. Mais que se joue-t-il exactement dans ce mouvement ? Pour mieux le comprendre, il peut être utile de regarder ce que l'humour permet concrètement dans le travail thérapeutique.

Ce que l'humour peut faire bouger.

Introduire un décalage.

Certaines souffrances s'organisent autour de pensées très serrées : « Je suis nul. », « Je rate toujours. », « Il n'y a rien à faire. » Ces phrases tournent en boucle, sans espace pour respirer.

Parfois, une remarque décalée, un sourire partagé peut introduire un léger accroc dans ce scénario. Pas une contradiction directe. Mais un pas de côté.

Ce pas de côté peut amorcer un écart : « Et si ce n'était pas exactement comme ça ? » L’humour peut desserrer la tension, un instant. Peut-être juste assez pour que la personne prenne un peu de recul.

Créer du lien.

L'humour peut participer à la construction du lien thérapeutique. Partager un sourire ou rire ensemble humanise la rencontre.

Pour certaines personnes, notamment celles qui ont connu des relations marquées par la disqualification ou la rigidité, cette dimension peut être précieuse. Elle permet de vérifier que le thérapeute est réellement présent, sensible à la relation. Cela dit quelque chose du lien qui se tisse.

Tous les humours ne se ressemblent pas.


L'humour en thérapie prend des formes très différentes. Mais que disent ces différentes formes d’humour sur la personne, sur sa manière d’être en lien ?

Les différentes formes d’humour.

Il y a l'humour qui rapproche : une remarque légère, un jeu de mots partagé, un sourire qui crée de la connivence et apaise les tensions. Il y a l'humour tourné vers soi, celui qui permet de sourire de ses propres maladresses avec bienveillance, de prendre un peu de distance sans se malmener.

Mais l'humour peut aussi se faire plus coupant. Sarcasmes, moqueries : autant de formes qui peuvent générer malaise ou blessure. Et puis il y a cet auto-dénigrement répété, ces plaisanteries sur soi qui cherchent l'approbation mais finissent par affaiblir l'estime de soi.

L'humour comme défense.

Ces différentes formes d’humour doivent être comprises dans leur contexte, car elles peuvent autant soutenir que protéger ou tenir à distance.

L’auto-dérision peut parfois fonctionner comme une attaque préventive : « Je me moque de moi avant que tu ne le fasses ». Le sarcasme peut constituer un mécanisme de protection, modulant la proximité affective et limitant une dépendance émotionnelle excessive. Rester dans une posture ironique permet de se préserver des affects trop envahissants. Parfois, l’humour autorise aussi à exprimer une hostilité sans en assumer directement la charge.

Dans tous les cas, l’humour peut être une façon de se protéger. Mais au lieu de nier ce qui fait mal, il le transforme légèrement, le rend plus supportable. Il introduit un léger décalage qui permet de continuer à penser là où l’affect risquerait d’envahir. Pour que ce décalage devienne une ressource et non un évitement, il doit pouvoir être partagé et travaillé.

L'humour ne se décrète pas.


L’humour naît dans l’instant. Il ne se programme pas, il se propose. Parfois il prend, parfois non. Un silence, un regard détourné, une absence de sourire peuvent indiquer que ce n’était pas le moment, ou que la proposition ne convenait pas. L’humour s’appuie aussi sur des codes culturels et générationnels. Avec Milo, certaines références m'échappaient. Reconnaître ce décalage faisait aussi partie du travail, et parfois, du lien.

Il m'arrive d'hésiter. Un sourire pourrait soutenir ou interrompre. Trop rire peut détourner, ne pas rire peut créer une rupture. Mon travail consiste à m'ajuster à cela.

Ouverture ou évitement ?

Ce qui aide à distinguer les deux, c'est moins le contenu de la blague que ce qui se passe juste après. Est-ce que quelque chose s'ouvre ? Est-ce que la personne reste présente, disponible, peut-être un peu plus légère ? Ou est-ce qu'elle repart ailleurs, comme soulagée d'avoir esquivé ?

L’humour qui ouvre semble souvent laisser une trace : un silence différent, une respiration, parfois une phrase qui suit et qui n'aurait pas pu venir avant. L'humour qui évite, lui, referme. Le sujet disparaît. Le rythme s'accélère. On passe à autre chose.

L'humour n'empêche pas le travail.


L'humour ne remplace pas la mise en mots. Mais il peut en être une porte d'entrée.

Il surgit parfois au moment où la tristesse devient trop proche. C'est souvent là qu'il devient intéressant. « Je remarque que tu fais souvent une blague quand on s'approche de ce sujet. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? »

L'humour est une façon d'être en lien. Et dans cette modalité-là, quelque chose peut se dire. Quelque chose peut s'approcher. Doucement.

Pour conclure.


L'humour en thérapie ne convient pas à tout le monde. Pour certaines personnes, l'espace doit rester sérieux pour qu'elles puissent s’y sentir en sécurité. Et c’est tout aussi juste.

Avec Milo, entre ses imitations et ses blagues, des choses importantes ont pu émerger, parfois difficiles ou inconfortables. Dans ce va-et-vient entre légèreté et intensité, un mouvement s’est installé : un espace où la parole circule autrement, où l’émotion peut s’approcher sans submerger.

Ici, l’humour, dans sa légèreté, ne résout pas les difficultés, mais il contribue à desserrer, par moments, leur emprise. Il permet d’accueillir l’expérience vécue et de percevoir comment chacun entre en relation avec ses émotions.

L’humour devient alors moins un simple trait d’esprit qu’une modalité de la rencontre : une façon d’être ensemble, au plus près du vivant — là où quelque chose peut, parfois, se dire autrement.

 

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