Le deuil : vivre avec l'absence.
- Magalie Challet Chauvel, psychologue à Angers.

Quand une personne aimée n’est plus là, c’est tout un monde qui bascule : sa voix, ses gestes, les habitudes partagées. Parfois, c’est une part de soi qui semble partir avec elle.
Perdre quelqu’un, c’est aussi perdre une place dans sa vie. Une place dans l’histoire familiale, dans le quotidien, dans les projets que l’on imaginait encore.
Et puis il y a tout ce qui ne pourra plus avoir lieu : une conversation, une réconciliation, une question qui restera sans réponse.
Le quotidien après.
Dans les premières semaines, il y a souvent beaucoup à faire : les obsèques, les démarches, les appels, les proches à prévenir. Puis les autres repartent. La vie reprend pour eux. La maison devient silencieuse.
Ne plus savoir à qui raconter sa journée. Ne plus préparer un repas pour deux. Entrer dans une pièce et, pendant un instant, oublier que l’autre ne sera plus là.
Et puis il y a ce qui revient après coup. Le message resté sans réponse, la visite remise à plus tard, une décision prise pendant la maladie. La scène peut être rejouée encore et encore.
Il arrive de s’en vouloir de ne pas avoir su ce qui ne pouvait pas être su.
Ce qui peut rester sans mot.
Les proches cherchent souvent à aider comme ils peuvent : « Il faut avancer. » « Il aurait voulu que tu sois heureuse… »
Parfois, ces phrases ne disent pas vraiment ce qui se passe.
À l’inverse, certains n’osent plus parler de la personne disparue. Par gêne, par peur de raviver la douleur ou simplement parce qu’ils ne savent pas quoi dire. Alors le silence s’installe.
Il arrive aussi que l’on se retienne soi-même, de peur de peser sur les autres. On peut être bien entouré et se sentir très seul avec ce qui déborde.
L’absence au fil de la vie.
L’absence peut devenir particulièrement sensible à certains moments. Mais ce n’est pas toujours un souvenir qui ravive la perte. Un mariage, une naissance peuvent faire apparaître ce qui ne pourra plus avoir lieu. Une présence qui aurait compté. Quelque chose que l’on aurait aimé pouvoir encore partager.
La personne disparue peut aussi continuer à avoir une place dans ce qui se raconte, dans les souvenirs, les habitudes, les questions restées en suspens.
Certaines choses restent difficiles à dire aux proches : ce que l’absence fait vivre au quotidien, ou ce qui a changé avec le temps.
La consultation avec un psychologue peut permettre de reprendre ce qui reste, ce qui revient, ce qui n’a pas pu être dit.
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