Diagnostic TDAH : penser l’après-coup.

- Magalie Challet Chauvel

Le TDAH chez l’adulte est souvent diagnostiqué tardivement. Dans cet article, je propose d’explorer ce qui se joue dans l’après-coup du diagnostic, à travers des effets psychiques qui émergent et remanient progressivement le rapport à soi.

Le diagnostic arrive un mardi, ou un jeudi, entre deux rendez-vous, dans un quotidien déjà pris ailleurs. Une restitution de bilan, un diagnostic posé à voix haute. Et puis le silence d'après, que personne n'avait vraiment anticipé…

Un silence où quelque chose ne s’ajuste pas immédiatement : ce qui vient d’être dit n’a pas encore trouvé sa place dans ce que la personne peut en faire.

Il peut y avoir une part de soulagement. Beaucoup le nomment. Ce sentiment que quelque chose trouve enfin un mot, une forme, comme si ce qui était vécu jusque-là sans contour, pouvait soudain s’organiser autrement.

Mais ce soulagement ne recouvre pas tout.

Relire une vie : effets de bascule après le diagnostic.


Pour certains, la vie se relit autrement après le diagnostic. Les devoirs non rendus, les amitiés perdues de vue, les projets restés en suspens. Les matins où se lever prenait une énergie que les autres ne semblaient pas dépenser. Les fois où quelqu’un a pensé que c’était une question de volonté.

Les évènements anciens ne changent pas, mais les mots pour les dire se déplacent. Et cela modifie la manière dont certains souvenirs s’ordonnent entre eux.

Rien n’a changé. Et pourtant tout se lit autrement.

Certaines personnes passent des semaines à ce retour sur leur vie. Elles se souviennent d’une institutrice, d’un bulletin scolaire, d’une phrase entendue à table… Certaines choses s’éclairent. D’autres résistent, restent opaques.

Cette relecture ne se limite pas aux souvenirs anciens. Elle passe aussi par des gestes très ordinaires. Les clés cherchées à répétition, les rappels multipliés pour ne pas oublier, cette impression persistante d'avoir laissé quelque chose en suspens sans pouvoir toujours dire quoi.

Le diagnostic déplace parfois le point de vue à partir duquel ces faits prennent sens. Ce qui semblait aller de soi devient plus visible.

Et parfois, une question surgit : « est-ce que je suis la même personne qu’avant ? » Elle ne demande pas de réponse immédiate. Elle s’installe.

Le mot TDAH et ce qu’il en reste.

La place mouvante du diagnostic.

Le mot TDAH ne stabilise pas une identité. Il propose une lecture parmi d’autres, qui vient organiser une part de l’expérience.

Les difficultés n’apparaissent pas après l’annonce. Elles étaient déjà là, souvent nommées autrement : « manque de volonté », « étourderie », « paresse » ou « dispersion ». Ces mots prennent une autre valeur après le diagnostic. Ce qui était lu comme un défaut peut être entendu autrement, sans se fixer dans une seule interprétation.

La place du diagnostic peut évoluer : très présent au moment d’une décision, puis plus en arrière-plan, avant de revenir à l’occasion d’un oubli ou d’une difficulté qui se répète.

Certaines personnes traversent des périodes où il occupe toute la place, ou au contraire est tenu à distance, comme si y accorder trop de place risquait d’effacer autre chose.

Cette lecture du diagnostic ne se fixe pas une fois pour toutes. Elle se déplace, se transforme, et entre parfois en tension avec d’autres façons de se dire.

Le diagnostic et ses effets sur le récit de soi.

« Jusqu’où ce diagnostic me définit-il ? »

« Est-ce qu’il dit quelque chose d’essentiel sur qui je suis, ou est-ce qu’il nomme simplement une façon de fonctionner parmi d’autres choses qui me constituent ? »

Un proche qui doute, une remarque à demi-formulée, un silence qui en dit long. Cela vient compliquer ce qui se joue en soi. La place du diagnostic se négocie alors à la fois intérieurement et dans le regard de ceux qui ont connu "avant”.

Ce qui se joue dans cet écart peut se déplacer dans la manière de dire ses besoins aux autres, par essais, par ajustements, dans des situations très concrètes.

Après l'après.


Le travail qui s’engage après l’annonce du diagnostic ne correspond pas toujours à ce que l’on pouvait en attendre.

Il peut être compris, nommé, expliqué à quelqu’un d’autre. Et pourtant, dans les jours qui suivent, à l’occasion d’un oubli ou d’une difficulté qui se répète, les anciennes explications reviennent : le « manque de volonté », le « je-ne-sais-quoi qui cloche ». Comme si le mot nouveau n’avait pas encore tout à fait trouvé sa place.

Ce processus n’est pas linéaire. Au fond, il me semble qu’il ne se stabilise jamais tout à fait. Il se rejoue, se reconfigure. Un matin où tout s’enchaîne, il s’efface presque. Un autre jour, il revient.

Il y a là un travail de réappropriation qui ne se fait pas d’un seul mouvement : quelque chose se reprend, se déplace, à partir de ce qui avait d’abord semblé s’éclairer.

Peut-être faut-il laisser au diagnostic le temps de devenir autre chose qu’une explication. Le temps qu’il cesse d’être seulement une réponse, pour devenir progressivement une manière parmi d’autres de se dire, sans épuiser ce qu’une personne peut en faire.

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Si vous ressentez le besoin d'un accompagnement psychologique, je vous accueille au cabinet à Angers.
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